Quatre thématiques clés pour le Forum citoyen

Densité et qualité urbaine, urbanisme et santé, nature et biodiversité, neutralité carbone sont  les grandes thématiques concernées par la question posée aux trente participant·e·s. Samedi 27 mars, l’équipe d’Urbaplan les a présentées avant d’ouvrir la discussion avec les participants et de répondre aux questions.

Compte-rendu librement réalisé par Laure Gabus

Avant d’ouvrir le débat sur la densité, Igor Andersen, le directeur associé d’Urbaplan, souhaite lever un malentendu autour de ce mot “dont la perception diffère d’une personne à l’autre” et qui “signifie quelque chose de différent selon le quartier où on est”. Densité ne veut pas forcément dire entassement, explique-t-il. Elle peut même être un facteur d’amélioration de la qualité de vie, notamment dans le contexte de changement climatique grâce à toute une série de mesures comme la construction de toitures végétalisées ou le renforcement d’espaces naturels.

La discussion démarre entre les participant·e·s et les expert·e·s d’Urbaplan. Extraits:

  • Il y a eu un engouement pour les zones campagnardes durant le Covid-19, est-ce le signe d’une tendance à long terme?
    • Il faudra voir. La ville est attractive car c’est un lieu d’échange et de proximité, elle offre une grande diversité d’options, notamment de vie culturelle.
  • Quand vous surélevez un immeuble, est-ce que vous tenez compte de la luminosité pour les gens qui habitent au rez? Est-ce que les gens vont sur les lieux ou regardent juste les plans?
    • Il y a peu de règles pour garantir un bon apport de lumière naturelle. Bien que ce soit un besoin important, la sensibilité de chacune et de chacun diffère.
  • Comment prend-t-on en compte le futur, comment savoir si ce qui est tendance actuellement ne sera pas un problème dans cinquante ans?
    • La planification et l’aménagement se font sur quinze ans pour répondre aux besoins de la population en déplacement, écoles et pour s’adapter au dérèglement climatique. Il est très difficile de définir des tendances au-delà de cet horizon… sans parler du décalage avec les horizons politiques!
  • La plupart du temps, les promoteurs construisent des gabarits énormes, jusqu’aux limites du terrain, l’emprise au sol est énorme!
    • Le 1er janvier 2021, le département du territoire a publié une marche à suivre pour le calcul de la surface de terre pleine lors du dépôt de demande de densification; entre 40-60% de la parcelle.

D’après la définition de l’OMS, la santé est un état complet de bien-être physique, mental et sociétal et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité, introduit Igor Andersen. Plusieurs facteurs influent sur notre état: l’environnement construit et le milieu naturel, le logement, l’alimentation, l’égalité des chances, entre autres.

Dans cette vision globale, l’urbanisme doit prendre en compte de nombreuses choses comme la mobilité – la rendre agréable, ludique pour encourager l’activité physique quotidienne, la manière dont les denrées alimentaires sont produites ou le dérèglement climatique. La manière dont nous produisons la nourriture influence la biodiversité et la qualité des paysages. Le climat impacte la santé des plus faibles, notamment lors de chaleurs extrêmes. La Suisse se réchauffe plus vite en moyenne que le monde et la ville plus rapidement que les campagnes. “Même si on met tout en œuvre dans les vingt prochaines années, on va quand même voir la température augmenter de 1,5 degrés ou plus du fait de la quantité de CO2 qui est déjà dans l’atmosphère. Si on ne fait rien, et selon les modélisations faites à l’université de Genève,le climat de Genève sera celui de Milan en 2030, de Rome en 2070 et de Bari en 2100”, chiffre le directeur associé d’Urbaplan.

Il existe tout une série de mesures pour atténuer la chaleur en ville : l’arborisation qui permet d’avoir de l’ombre et de l’humidité dans l’air, l’identification des zones où les courants d’air frais s’engouffrent dans la ville, les toits végétalisés, la pleine terre, et même le choix d’une couleur claire pour les bâtiments ou les infrastructures.

La discussion démarre entre les participant·e·s et les expert·e·s d’Urbaplan. Extraits:

  • Est-ce qu’un arbuste apporte la même chose qu’un grand arbre?
    • Non, il offre notamment moins d’ombrage et moins d’évapotranspiration. D’où l’intérêt de la pleine terre si on veut permettre aux arbres de se développer. Actuellement, il est difficile de planter dans les rues car l’aménagement est pensé pour la mobilité. D’un point de vue de la préservation de la végétalisation existante, il y a eu un réel manque de sensibilité par le passé.
  • Est-il possible de faire une loi pour la végétalisation des toits?
    • Aujourd’hui, il n’y a pas d’obligation légale de les installer. Cela dit, il y a souvent des panneaux solaires sur les toits, et ils peuvent même être installés à côté d’une toiture végétalisée.
  • L’esthétique est essentielle ! Qui prend la décision d’abattre des arbres? Je ne comprends pas cela à Genève.
    • Il existe des règles qui protègent les arbres et obligent à des plantations si ces derniers ne peuvent être préservés. Les communes peuvent décider du niveau d’exigence de ces mesures de protection. Il s’agit toujours d’une pesée d’intérêts: réserver des espaces larges pour l’accueil d’événements vs. renforcer l’arborisation, par exemple.
  • Dans mon immeuble, on galère pour avoir un parking à vélo. Est-ce qu’il y a des initiatives pour en construire, comme les parkings pour voitures?
    • On observe un changement de mentalité. Il y a de plus en plus de demandes. Dans les nouveaux quartiers, il y a des exigences importantes en termes de stationnement vélo. Il y a moins de moyens d’agir sur ce qui est déjà bâti.

 

  • Avec la pandémie, les gens mangent dehors et cela crée des tonnes de déchets. Comment changer cela?
    • Ce n’est pas une fatalité. C’est aussi une question d’éducation.

La biodiversité est constituée par la diversité des espèces d’animaux, de plantes, de champignons et de micro-organismes; la diversité génétique au sein des espèces; la diversité des écosystèmes ainsi que les interactions dans et entre ces niveaux.

“Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’y a pas de relation directe entre espace agricole, forêt, espaces verts et biodiversité”, note Igor Andersen. A Genève, un tiers du canton est situé en zone urbaine et 1/20e de la ville est constituée d’espaces verts. Cela ne signifie par contre pas nécessairement que l’on a une faible biodiversité en ville, ni que l’espace agricole est plus riche. La réponse est plus nuancée.

La biodiversité est un trésor mis en danger par plusieurs facteurs dont le réchauffement climatique. Ainsi, pour de nombreuses politiques publiques, la priorité réside dans le renforcement d’un maillage écologique solide, non troublé par l’éclairage nocturne, qui intègre la biodiversité à toutes les échelles du territoire. La préservation de l’écosystème est utile à de nombreux niveaux: purification de l’eau et de l’air, protection contre les dangers naturels et la constitution de sols fertiles. De plus, de par son esthétisme, l’accès à des espaces verts a des bienfaits sur la santé mentale et le bien-être. “Penser biodiversité dans l’aménagement du territoire doit devenir une sorte de réflexe”, conclut Igor Andersen.

La discussion démarre entre les participant·e·s et les expert·e·s d’Urbaplan. Extraits:

  • La biodiversité ne se limite pas aux arbres!
    • Vous avez raison, il s’agit d’un système complexe qui lie les espèces végétales et animales. A ce titre, il faut également prêter attention aux sols qui existent déjà: lorsque l’on enlève de la terre, on ne peut pas simplement la remettre et penser qu’on aura un sol de même qualité.
  • Pourquoi les toitures végétalisées ne sont-elles pas systématiques?
    • Il faudrait davantage s’investir en ce sens, mais cela n’est pas toujours facile à justifier d’un strict point de vue immobilier.
    • En tant que proprio, c’est compliqué de comprendre d’où vient la fuite si l’on a un toit végétalisé. Une étanchéité traditionnelle, c’est plus simple.
  • Beaucoup de villes européennes suivent aujourd’hui l’exemple de Singapour.
    • C’est un exemple intéressant. Singapour est une ville particulièrement dense qui a souhaité devenir une ville-jardin dans un contexte tropical qui s’y prête particulièrement bien.

La Confédération et le Canton ont pris des engagements pour arriver à la neutralité carbone à l’horizon 2050. Les émissions de gaz à effet de serre (CO2, méthane…) doivent être réduites car elles génèrent un cycle de réchauffement de l’atmosphère. Ces gaz sont générés par beaucoup d’activités humaines, comme la déforestation, l’agriculture intensive, les activités industrielles, les transports, les bâtiments (tant pour leurs besoins de chauffage, que pour les matériaux de construction comme le béton).

Aujourd’hui, les émissions moyennes par habitant du Grand Genève avoisinent les 10 tonnes de CO2 annuelles par personne. Pour atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050, il faudrait réduire ses émissions…de 90%. “La pente est assez brutale, anticipe Igor Andersen. Il faut donc s’attendre à un point d’inflexion majeur.” Il souligne que le canton de Genève est sur le point d’annoncer un Plan climat cantonal qui identifie les mesures à mettre en place sur tous les sujets majeurs: transports, industrie ou encore agriculture.

Ce plan se base sur le développement de quatre scénarios de réduction des gaz à effet de serre établis par l’université de Lausanne. Le plus ambitieux, qui est présenté comme celui qui permet d’atteindre les objectifs de neutralité carbone, consiste notamment à diminuer par dix l’usage des transports individuels, par vingt celui du fret, par la disparition quasi totale du transport aérien et à l’option d’une alimentation quasiment exclusivement locale et végétarienne. “Je laisse le silence planer ici un moment, poursuit le directeur associé…La neutralité carbone est fixée à 2050, ce qui est très proche vu l’ampleur des changements à mettre en place. On sent qu’on est à la veille de quelque chose de très différent.”

La discussion démarre entre les participant·e·s et les expert·e·s d’Urbaplan. Extraits:

  • Quand on voit les chiffres qu’ils demandent, est-ce qu’ils prennent en compte le côté humain?
    • Est-ce qu’on ne devrait pas s’adapter en diminuant le nombre d’individus?
  • La croissance dépend de trois choses: la technologie, la croissance et la consommation.
    • Le problème principal est la consommation et le mode de vie en Suisse, et ce ne sont pas quelques pourcents de croissance de population d’ici à 2050 qui permettront de répondre à la nécessité de descendre nos émissions de 90%.
  • On est une espèce qui suit le groupe, s’il y a une mode on suivra.
    • L’enjeu est que cela donne envie, pas de faire peur. Il faut pouvoir rêver à moins de bruit, moins de pollution, davantage de sécurité, de grands espaces verts dans les villes à la place des autoroutes, des bâtiments sains et végétalisés…
  • Les accords pour le climat ne sont pas des traités contraignants. Les gens sont enthousiastes, puis les habitudes recommencent.
  • Est-ce que vous faites des calculs du trafic avant de mettre des pistes cyclables?
    • Oui, les charges de trafic sont prises en compte.
Igor Andersen, directeur associé d'Urbaplan
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